Entrée


Le Spectacle

L'Atelier expérimental


Le spectacle Jikkenkobo.ch s'appuie sur l'extraordinaire aventure que fut l'Atelier expérimental transdisciplinaire, en nippon Jikken kôbô, dans le Japon des années cinquante. Jikken kôbô fut un collectif d'artistes mêlant plasticiens, compositeurs, photographes, scénographes, un poète critique musical, un concepteur lumière, un graveur, un pianiste et un ingénieur. Fondé par le poète Shuzo Takiguchi et actif de 1951 à 1958, le collectif nippon a produit des événements artistiques atypiques tels ballets, récitals et art environnemental. Cinq compositeurs en étaient membres : Hiroyoshi Suzuki, Toru Takemitsu, Kazuo Fukushima, Keijiro Sato et Joji Yuasa. La démarche de ces musiciens, qui ont interprété pour la première fois au Japon Olivier Messiaen, Arnold Schönberg, Béla Bartok ou encore John Cage, témoigne d'une curiosité artistique mutuelle et d'une volonté d'être en contact direct avec des artistes occidentaux. La confrontation entre les différentes disciplines artistiques a donné naissance à une multitude de spectacles, comme en témoigne le ballet «La Joie de vivre» en hommage à Picasso. L'approche expérimentale a permis aux artistes du collectif d'exploiter les nouvelles technologies naissantes, comme le Revox, les bandes sons ou le traitement de l'image.


De part sa dimension transdisciplinaire, son ouverture culturelle et artistique et sa vision expérimentale, l'Atelier japonais des années cinquante a profondément inspiré Jikkenkobo.ch


Ce spectacle musical met en scène quatre flûtistes qui interprètent des musiques contemporaines japonaises et occidentales. Une fascination pour la culture japonaise, ainsi qu'un attrait prononcé pour la musique contemporaine et la création musicale ont amené les musiciennes à imaginer ce spectacle.


Jikkenkobo.ch explore les valeurs de la tradition et la rupture avec ces valeurs dans notre monde contemporain. Ce spectacle met en lumière l'attraction ancestrale Orient-Occident qui anime les hommes que ce soit par intérêt culturel, géographique, sociologique, artistique ou économique.


Jikkenkobo.ch puise dans la richesse qu'offre un collectif d'artistes, tel un laboratoire, en portant un regard sur la transdisciplinarité, les échanges intellectuels et artistiques, l'accueil de propositions ou les confrontations d'idées dans une dynamique d'émulations et d'indépendance d'esprit. Enfin, Jikkenkobo.ch est un spectacle sur le souffle et le silence basé sur le traitement du temps et de la matière sonore, flirtant sans cesse avec les possibles et les limites.

Décor

Jikkenkobo.ch décrit un intérieur japonais par le minimalisme du décor et la flexibilité de l'espace.
Jikkenkobo.ch présente un atelier d'artistes universel. Une grande table occupe l'espace scénique central, des chaises, des lutrins, un piano (option). La table, en dehors de sa fonction d'objet, est une métonymie de l'Atelier comme lieu de confrontations et de partage d'idées. Tout gravite et évolue autour de cette table à l'instar des mobiles de Calder ou au gré du vent que soufflent les flûtes. Ce mouvement évoque la danse aléatoire d'un mobile, objet cher aux artistes du Jikken kôbô. Les partitions étalées sur la table rappellent des fragments de poèmes, des esquisses, des exercices de calligraphie.
Quelques éléments indiquent que l'Atelier revisité s'inspire de l'Atelier expérimental nippon : des bambous, un tissu tendu comme cloison ou un paravent, des calligraphies, un service à thé. Dans ce lieu ouvert qu'est l'atelier coexistent différents univers qui s'inspirent de la culture du Japon et de l'ouverture d'esprit et de l'excitation créatrice du collectif : l'univers Manga, le traditionnel et le contemporain se retrouvent ainsi dans les tenues qui mêlent respectivement les Cosplay, les yukatas, les habits du quotidien. Les musiciennes sont tour à tour, interprètes, auditrices, actrices ou spectatrices d'une proposition.

Dramaturgie musicale

Comme l'agencement d'intérieur japonais, le spectacle Jikkenkobo.ch se pense par ajouts, par emprunts, par présences symboliques et imaginaires. Ainsi, les musiques du spectacle peuvent se superposer, être citées par extraits, être enchaînées, faire l'objet de transformations ou d'aménagements perçus comme des variations de la forme musicale et de la matière sonore.
Dans cet univers expérimental, la flûte prend une place particulière tour à tour évoquée par le poète fondateur du Jikken kôbô, Shuzo Takiguchi, ou enchantée par Toru Takemitsu alors très jeune compositeur du collectif. Instrument universel porteur du souffle et de l'âme, la flûte se joue d'une manière polysémique sur la scène du théâtre. Elle est le pinceau du calligraphe, le katana du combattant ou le bâton du pèlerin. La flûte, plus que tout autre instrument, s'incarne à la fois dans l'esprit traditionnel universel et dans l'esprit transgressif de la musique d'avant-garde.

Répertoire

L'incarnation de la présence par le souffle et les silences ainsi qu'une complicité artistique relient les compositeurs de ce spectacle avec toutefois des esthétiques très différentes. Les compositeurs interprétés dans Jikkenkobo.ch manifestent tous un intérêt pour les deux cultures, japonaise ou occidentale : quatre grands maîtres japonais du XXème siècle, Toru Takemitsu, Kazuo Fukushima, Joji Yuasa et Yoshihisa Taïra et quatre compositeurs contemporains occidentaux, John Cage, Doina Rotaru, Denis Schuler et Sophie Lacaze. John Cage a eu des échanges importants avec les artistes du Jikken kôbô. Toru Takemitsu soulignait qu'il lui devait : «d'avoir pu comprendre enfin, et mieux, sa propre culture». Il a galvanisé la vie culturelle du Japon à un tel point qu'il s'est vu accorder le respect et le prestige habituellement réservés aux «Trésors nationaux vivants». Doina Rotaru, compositrice roumaine collabore encore aujourd'hui avec Joji Yuasa. Elle avait par ailleurs travaillé avec Yoshihisa Taïra (compositeur japonais naturalisé français) et a composé Tristia à la mort de celui-ci en 2005. Quant aux deux autres compositeurs contemporains occidentaux, Sophie Lacaze et Denis Schuler, ils signent deux créations pour l'Atelier revisité.